Communication en période préélectorale

18 août 2025

Communication, devoir de réserve et neutralité en période préélectorale

 

Prochain scrutin : Élections municipales – mars 2026
Période préélectorale : du 1er septembre 2025 au jour du scrutin

L’approche des élections municipales de mars 2026 marque l’entrée dans une période préélectorale de six mois, qui débutera le 1er septembre 2025. Durant cette période, les collectivités, les élus et les agents territoriaux sont soumis à des règles strictes afin de garantir la neutralité du service public, le respect de l’égalité entre candidats et la sincérité du scrutin.

 

  1. Communication des collectivités et des élus

Si l’information municipale demeure légitime, elle ne doit en aucun cas se transformer en instrument de promotion électorale au profit des élus en place. Le Code électoral (article L.52-1) interdit toute « campagne de promotion publicitaire des réalisations ou de la gestion d’une collectivité » durant la période préélectorale.

Cette interdiction concerne un champ très large : bulletins municipaux, sites internet, réseaux sociaux, discours officiels, cérémonies de vœux, inaugurations, manifestations locales.

L’élu en exercice conserve naturellement son rôle de représentant de la collectivité, mais il doit veiller à ne pas brouiller la distinction avec son rôle de candidat. Toute communication institutionnelle susceptible de mettre en valeur une candidature est proscrite.

 

  1. Information ou communication : la distinction jurisprudentielle

La jurisprudence a progressivement affiné les critères permettant de différencier une information institutionnelle d’une communication électorale. Le juge s’appuie sur un faisceau d’indices reposant sur trois critères :

  • La neutralité du contenu : l’information doit rester objective, sans mise en avant de l’élu.
  • L’antériorité : la communication doit correspondre à une pratique habituelle, et non être créée spécifiquement à l’approche du scrutin.
  • La régularité : la forme et la fréquence de diffusion doivent être identiques à celles observées auparavant.

Ces critères sont en principe cumulatifs, mais la jurisprudence les apprécie parfois de manière alternative. En toute hypothèse, le critère de neutralité demeure impératif : il est celui qui sépare l’intérêt général de la propagande électorale.

 

  1. Enseignements tirés de la jurisprudence

Ne relèvent pas de la propagande électorale :

  • un bulletin municipal présentant les réalisations de la commune de manière factuelle,
  • une cérémonie de vœux organisée dans des conditions identiques aux années précédentes,
  • des réunions publiques d’information, dès lors qu’elles s’inscrivent dans une pratique régulière de concertation,
  • un document relatant de façon mesurée les principales actions de la mandature, sans polémique ni valorisation électorale.

Constituent une propagande électorale :

  • un bulletin municipal valorisant explicitement l’action du maire-candidat,
  • la diffusion d’éditions spéciales ou de dépliants promotionnels à l’approche du scrutin,
  • la multiplication d’inaugurations ou d’événements exceptionnels en fin de mandat,
  • des articles de presse locale publiés à répétition et présentant un élu-candidat sous un angle promotionnel.

Ces décisions démontrent que le juge évalue non seulement le contenu mais aussi le contexte, l’ampleur et parfois même l’écart de voix entre les candidats.

 

  1. L’utilisation des réseaux sociaux : une vigilance renforcée

Les réseaux sociaux et outils numériques accentuent la difficulté de distinguer l’information de la communication.

  • Les comptes institutionnels (site internet de la commune, page Facebook ou autre de la mairie) doivent se limiter à des publications neutres et factuelles. Toute mise en avant des réalisations municipales accompagnée de la valorisation des élus peut être assimilée à de la propagande électorale.
  • Les élus candidats doivent s’abstenir d’utiliser les canaux de la collectivité pour relayer leur campagne. Ils doivent gérer séparément leurs comptes de campagne et leurs comptes personnels.
  • Les agents territoriaux sont également concernés : soumis au devoir de réserve, ils doivent veiller à leur expression sur leurs comptes personnels. Une prise de position trop marquée ou un relais en faveur d’un candidat pourrait être interprété comme une atteinte à leur neutralité professionnelle.

 

  1. Le devoir de réserve des agents et des élus

La période préélectorale impose un rappel particulier des principes déontologiques :

  • Les agents territoriaux demeurent soumis à leur obligation de neutralité, de laïcité et de devoir de réserve (loi n°83-634 du 13 juillet 1983, article 25). Dans l’exercice de leurs fonctions, ils ne peuvent prendre part à une campagne électorale.
  • Les agents candidats doivent séparer leurs activités professionnelles de leur campagne électorale. Leurs obligations statutaires s’imposent à eux jusqu’au terme de leurs fonctions.
  • Les élus en place doivent distinguer leur rôle de représentants de la collectivité de celui de candidats. Les moyens publics ne peuvent en aucun cas être mis au service d’une candidature.

Tout manquement expose à des sanctions disciplinaires pour les agents et à des conséquences électorales pour les élus.

 

  1. Les sanctions encourues

Le non-respect de ces règles peut entraîner des sanctions lourdes :

  • Annulation du scrutin : lorsque l’irrégularité a altéré la sincérité du vote, en particulier si l’écart de voix est réduit.
  • Réintégration des dépenses : les actions de communication irrégulières peuvent être intégrées dans les comptes de campagne du candidat, conduisant à leur rejet.
  • Inéligibilité : sur le fondement de l’article L.234 du Code électoral, le juge peut déclarer un candidat inéligible, notamment en cas de dépassement du plafond des dépenses ou de rejet des comptes.
  • Sanctions pénales : l’article L.113-1 du Code électoral prévoit des amendes et, dans certains cas, des peines d’emprisonnement.
  • Sanctions disciplinaires : à l’encontre des agents territoriaux manquant à leur devoir de réserve ou à leur neutralité.
Rechercher sur le site

Afin d’accéder à certains contenus, connectez-vous à votre compte employeur.